Alors disons-le franchement, beaucoup de DUERP sont indigestes !
Bien souvent, les DUERP ne sont d’ailleurs jamais consultés, ni par les salariés ni par la direction. Car ils sont trop compliqués ou alors complètement vides. Ces DUERP sont donc très peu utilisés et d’aucune utilité pour les travailleurs et l’employeur.
Or, le DUERP doit être conçu comme la simple concrétisation de votre démarche de prévention des risques professionnels.
Un bon DUERP doit favoriser les échanges constructifs autour des risques professionnels et surtout autour des mesures de prévention, afin que chaque travailleur puisse se les approprier puis les appliquer.
Le DUERP a pour finalité de réduire les risques professionnels et de préserver la santé et la sécurité des travailleurs.
Je vous donne donc toutes les clefs pour réaliser un DUERP adapté à votre organisation et répondant à toutes vos obligations et attentes. Ainsi, vous pourrez construire un DUERP qui incarne pleinement votre démarche ambitieuse de prévention des risques professionnels et de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT).
Voyons maintenant comment faire un DUERP en suivant ces 3 étapes clefs présentées dans cet article !
1. Comment faire un DUERP : organiser votre démarche d’évaluation des risques (1ère étape)
1.1 Lister tous les risques professionnels
Dressez une liste exhaustive de tous les risques professionnels auxquels sont exposés vos salariés, sans aucune exception. Il est impératif d’évaluer tous les risques professionnels pouvant altérer la santé physique et mentale de vos salariés, conformément à la législation (cf. article R 4121-1 du Code du travail).
S’agissant des risques professionnels communs, présents dans tous les métiers, vous retrouverez notamment :
- les TMS (Troubles musculo-squelettiques)
- les RPS (risques psychosociaux)
- les risques biologiques
- les risques sonores
- les risques lumineux
- les risques thermiques
- les risques de chute
- les risques électriques
- etc.
Attention, cette liste n’est pas exhaustive ! Ainsi, si vous n’avez pas de connaissances suffisantes en prévention des risques professionnels, une aide devient alors indispensable.
Vous pouvez consulter des sites spécialisés ou solliciter un préventeur (ex. un ergonome – psychologue du travail, comme moi 😉), afin de vous guider dans l’identification et l’évaluation des risques professionnels.
Conseil : vous pouvez consulter le site de l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) afin de trouver des informations validées sur tous les risques professionnels.
1.2 Constituer des Unités de travail pertinentes
Construisez des unités de travail en regroupant les métiers partageant des conditions de travail similaires. Ces regroupements dépendent uniquement de l’organisation de votre entreprise. Ainsi, vous êtes totalement libre de constituer vos propres unités de travail. Il vous suffit simplement de pouvoir les justifier en précisant simplement vos critères.
Effectivement, une évaluation doit être menée dans chaque unité de travail (ex. unité de travail n°1, unité de travail n°2, etc.) et cela pour chaque risque professionnel (ex. TMS, RPS, risque de sédentarité, etc.). Ces regroupements, en unités de travail, permettent donc de réduire le nombre d’évaluation des risques professionnels à faire, ce qui permet un gain de temps et de moyens. Vous avez tout intérêt à réduire le nombre d’unités de travail, autant que possible.
Pour exemple, dans l’entreprise AGM Conseil, il pourrait être pertinent de réunir dans une même unité de travail intitulée “support” : les salariés des services RH, communication et comptabilité, car ils occupent des locaux de travail similaires et/ou sont rattachés à une même direction et/ou ne font aucun déplacement professionnel, etc. Et ainsi, pour cette unité de travail support, une seule évaluation du risque de TMS serait à faire.
1.3 Recenser les données disponibles
Recueillez l’ensemble des informations en votre possession afin de dresser un premier état des lieux, par unité de travail de préférence. Il peut s’agir de différents documents internes (organigramme, comptes rendus de CSE/CSSCT, etc.) ainsi que vos indicateurs sociaux (taux d’absentéisme, de turn over, accidents du travail, etc.).
L’analyse de ces différents éléments vous permet de dresser un premier constat en mettant en lumière certaines problématiques, causes et conséquences, mais aussi certains leviers de performance et éléments protecteurs. Toutes ces informations vous permettent d’enrichir et d’orienter vos analyses à venir.
Concrètement, si vous constatez que l’absentéisme augmente depuis 2 ans dans une unité de travail, vous allez devoir identifier les facteurs de risque professionnels susceptibles d’en être à l’origine.
1.4 Choisir un outil dématérialisé
Choisissez un support dématérialisé pour votre DUERP, afin de faciliter sa consultation par les différents acteurs autorisés (salariés, anciens salariés, membres de la délégation du personnel du CSE, etc.) et ses mises à jour successives.
Vous pouvez choisir n’importe quel support dématérialisé et par exemple un simple Excel qui offre de nombreuses possibilités de personnalisation. Vous pouvez utiliser plusieurs feuilles (ex. feuille méthodologie, feuille unité de travail 1, feuille unité de travail 2, etc.), ajouter des éléments facilement, filtrer certaines données, etc.
Dans tous les cas, choisissez un support qui vous permet de retranscrire facilement les résultats de l’évaluation des risques professionnels et d’organiser le suivi de vos mesures préventives.
Aussi, souvenez-vous que vous devez garder chaque version de votre DUERP pendant 40 ans. Il est donc primordial de pouvoir stocker facilement votre DUERP, d’y accéder à tout moment et de retrouver chaque version antérieure, même des décennies plus tard.
Conseil : un tableau Excel est parfait pour la réalisation de votre DUERP, car vous pouvez y inclure tous les éléments importants et réaliser les mises à jour successives facilement.
2. Comment faire un DUERP : évaluer les risques professionnels (2ème étape)
2.1 Analyser les conditions de travail
Procédez à l’analyse des conditions de travail de vos salariés, par unité de travail. Ainsi, si vous avez déterminé 3 unités de travail dans votre entreprise, il est nécessaire de mener dans chacune de ces 3 unités de travail, une analyse des RPS, puis une analyse des TMS, et ainsi de suite pour chaque risque professionnel.
Cette étape d’analyse permet d’identifier les facteurs de risques (les causes) susceptibles de dégrader la santé mentale et physique de vos salariés ainsi que les conséquences actuelles sur les travailleurs et la performance des entreprises.
Concrètement, l’analyse des conditions de travail passe nécessairement par un temps d’observation des salariés en situation de travail, avec l’appui d’observables pertinents (matériels utilisés, postures adoptées, interactions avec collègues, déplacements, etc.).
Conseil : réalisez une analyse par risque professionnel et par unité de travail et faites-vous accompagner d’un ergonome si besoin (expert dans l’analyse des conditions de travail).
2.2 Utiliser des outils d’analyse adaptés
Analysez les risques professionnels avec des outils pertinents et adaptés à chaque risque professionnel. Les outils principaux pour analyser les risques professionnels sont très classiques et faciles à utiliser : l’entretien et l’observation.
Bien sûr, des choix méthodologiques doivent être fait afin de permettre d’identifier les causes et les conséquences (actuelles et potentielles) de chaque risque professionnel dans votre entreprise. Par exemple, une grille d’entretien (liste des questions à poser) et une grille d’observation (listes des observables à regarder) doivent être construites et adaptées pour chaque unité de travail.
2.3 Hiérarchiser les risques professionnels
Définissez les risques professionnels prioritaires, en fonction des résultats de votre analyse, afin de pouvoir les réduire.
Afin de hiérarchiser vos risques professionnels dans chaque unité de travail donnée, vous pouvez utiliser ce qu’on appelle une “matrice de risque”. Celle-ci permet d’attribuer un niveau de priorité à chaque risque professionnel. Ce niveau est calculé en fonction de la gravité et de la fréquence du risque d’une part et des mesures préventives existantes d’autre part. Ainsi, vous pouvez déterminer 3 niveaux de priorité.
Une fois le niveau de priorité connu, pour chaque risque professionnel et dans chaque unité de travail, vous devez alors planifier les actions préventives prioritaires.
3. Comment faire un DUERP : Définir des mesures préventives adaptées (3ème étape)
3.1 Proposer un plan d’action
Identifiez les actions préventives efficaces afin de réduire chaque risque professionnel identifié dans chaque unité de travail. Ces actions sont diverses et peuvent aller du remplacement d’un matériel à la formation des salariés, en passant par la définition d’une nouvelle organisation du travail.
L’objectif est de lister toutes les mesures préventives, de les prioriser et de les planifier dans le temps, afin de préserver la santé mentale et physique de vos travailleurs et la performance de votre entreprise.
Afin de vous inscrire dans une démarche d’amélioration continue, vous pouvez désigner un référent volontaire qui sera chargé du suivi des actions de prévention. Il peut s’agir d’une personne volontaire ou plusieurs, en fonction de leur fonction et/ou de leur appétence et également du nombre d’actions.
Conseil : Désignez un référent volontaire pour chaque action préventive, afin de faciliter le suivi de votre plan d’action.
3.2 Assurer le suivi et l’évaluation des mesures préventives
Évaluez l’efficacité des mesures préventives mises en place, à la fois sur la santé et la sécurité de vos salariés et sur la performance de votre entreprise. Pour ce faire, vous pouvez déterminer quelques indicateurs de suivi, précis et mesurables, tels que le taux d’absentéisme ou de turn over (par unité de travail) ou encore la satisfaction des salariés (recueil par questionnaire anonymisé par exemple).
Il est toujours pertinent d’identifier ces indicateurs avant la mise en place de votre plan d’action, afin d’en mesurer l’efficacité et de comparer l’évolution (ex. après 12 mois, etc.)
Conseil : identifiez les indicateurs de suivi pertinents et déterminez les périodes de recueil (ex. tous les 2 ans) pour planifier le suivi de votre plan d’action.
3.3 Constituer un PAPRIPACT pour les entreprises de plus de 50 salariés
Insérez votre plan d’action dans un PAPRIPACT (Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels et d’Amélioration des Conditions de Travail), si votre entreprise compte 50 salariés au minimum.
Effectivement, ce document est obligatoire (cf. article 19 de l’accord du 18 juin 2024 relatif à la santé et à la sécurité au travail) et doit être mis à jour chaque année. Il vise à renforcer la prévention des risques professionnels et la santé au travail.
Conclusion :
Vous savez maintenant comment faire un DUERP. Il vous suffit de suivre, pas à pas, ces trois étapes clefs. Ainsi, vous pourrez construire votre DUERP afin qu’il devienne l’outil clef de votre démarche de prévention des risques professionnels dans votre entreprise.
Afin de mener des évaluations des risques professionnels pertinentes et d’améliorer les conditions de travail de vos salariés, de nombreuses connaissances sont nécessaires. Elles peuvent être recherchées dans les sites spécialisés, tel que l’INRS.
Bien souvent, l’accompagnement d’un préventeur (interne ou externe) est recommandé, notamment pour gagner un temps précieux et éviter de fâcheuses erreurs.
Si vous souhaitez aller plus loin, contactez-moi en réservant votre échange via ce lien ci-dessous :
